Une ambition née de la politique d'accessibilité de Tisséo
L'histoire de « Mon métro d'image en image » s'inscrit dans un contexte plus large. Depuis de nombreuses années, Tisséo place l'accessibilité au cœur de sa politique de mobilité. Dès l'ouverture de la ligne A en 1993, le métro toulousain se distingue comme l'un des premiers réseaux entièrement accessibles aux personnes à mobilité réduite.
L'adoption de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances marque une nouvelle étape. Le texte élargit la notion de handicap à l'ensemble des situations pouvant limiter la participation à la vie sociale : handicaps physiques, sensoriels, intellectuels, polyhandicap, cognitifs ou psychiques. Pour les autorités organisatrices de transport, l'enjeu dépasse alors la seule accessibilité physique. Il s'agit également de rendre l'information voyageurs compréhensible par tous.
Les réflexions menées au sein de la Commission d'Accessibilité du Réseau Urbain Tisséo (CARUT), créée en 2008, mettent en lumière une difficulté souvent invisible : pour certaines personnes présentant un handicap cognitif, des troubles de la mémoire ou de l'orientation, mais aussi pour des personnes étrangères, illettrées ou ne maîtrisant pas la lecture, identifier une station, préparer un trajet ou suivre un parcours peut représenter un véritable obstacle à leur autonomie.
Créée en 2008, la CARUT (Commission d’Accessibilité du Réseau Urbain Tisséo) est un espace de dialogue et de collaboration dédié à l’accessibilité du réseau Tisséo. Elle réunit élus, techniciens et associations représentant les différents types de handicaps afin de partager leurs expériences, identifier les besoins et accompagner les améliorations du réseau. Réunie au moins une fois par an, elle suit l’avancement des actions d’accessibilité et des travaux menés en ateliers, dans une démarche d’amélioration continue au service de tous les usagers.
Comment permettre à chacun de se repérer dans le métro sans dépendre exclusivement de l'écrit ? C'est cette question qui va donner naissance à l'un des projets les plus singuliers de l'histoire du réseau Tisséo.
De l'idée au projet : sept années de réflexion
Les premières réflexions apparaissent dès 2010 autour de l'utilisation de pictogrammes comme aide au déplacement. Une première étude est confiée à l'ADAPEI (Association départementale de parents et d'amis de personnes handicapées mentales). Les travaux menés permettent d'identifier les besoins mais révèlent également les limites d'une approche basée sur des représentations trop abstraites ou insuffisamment adaptées à l'ensemble des handicaps concernés.
« En France, 4 % des adultes de 18 à 64 ans ayant été scolarisés en France sont en situation d’illettrisme, soit environ 1,4 million de personnes (ANLCI, 2024). »
Le projet est alors réorienté. L'objectif n'est plus seulement de créer des pictogrammes, mais de construire un véritable système de repérage universel capable de répondre simultanément aux besoins des personnes déficientes cognitives, des personnes sourdes, des personnes malvoyantes et, plus largement, de tous les usagers.
Cette nouvelle orientation conduit Tisséo à rechercher une approche plus créative et plus ancrée dans l'identité locale.
Le pari réussi du lycée des Arènes
Une étape décisive est franchie en 2014 avec la signature d'un partenariat inédit entre Tisséo et le lycée des Arènes.
Les étudiants de BTS Design graphique et de Diplôme supérieur d'arts appliqués sont invités à imaginer des solutions concrètes d'accessibilité dans le cadre d'un véritable projet pédagogique. Onze propositions sont étudiées.
Parmi elles, une idée fait rapidement consensus : « l'anecdote ».
Chaque station de métro est associée à une image unique évoquant une histoire locale. Cette anecdote peut être liée à l'origine occitane du nom de la station, à un événement historique, à une caractéristique du quartier ou à la personnalité dont la station porte le nom.
Cette approche présente plusieurs avantages. Les visuels sont simples, facilement mémorisables et décrivables en un seul mot. Ils créent également un lien affectif avec le territoire et invitent les voyageurs à découvrir l'histoire de Toulouse.
Le partenariat engagé entre Tisséo Collectivités et le lycée des Arènes ne s'est d'ailleurs pas limité à la seule création des pictogrammes du métro. Entre 2014 et 2019, plusieurs promotions d'étudiants ont été invitées à imaginer des outils favorisant l'autonomie des voyageurs les plus fragiles et l'apprentissage des transports en commun auprès des plus jeunes.
Au fil des années, la démarche s'est enrichie d'outils complémentaires destinés à accompagner l'appropriation du réseau. Un jeu de plateau et un jeu de cartes ont ainsi été conçus pour sensibiliser les élèves du territoire aux déplacements en transports en commun et à la lecture du réseau.
Plus récemment, en 2025, les animateurs socio-éducatifs de Tisséo Voyageurs ont développé une mallette pédagogique s'appuyant sur les pictogrammes de « Mon métro d'image en image ». Destiné notamment aux Instituts thérapeutiques, éducatifs et pédagogiques (ITEP), aux structures spécialisées et aux publics allophones, cet outil permet d'apprendre à s'orienter sur le réseau à travers des exercices pratiques fondés sur les repères visuels.
Une manière de prolonger l'ambition initiale du projet : faire de l'autonomie dans les déplacements un levier d'inclusion accessible à tous.
Une démarche collective exemplaire
L'une des grandes forces du projet réside dans sa méthode de construction.
Pour garantir la pertinence des images retenues, Tisséo a su s’entourer d’une grande diversité d'acteurs tout au long du projet via deux comités (technique et scientifique) : associations représentant les personnes en situation de handicap, professionnels de santé, psychologues, spécialistes de l'accessibilité, historien spécialiste de l’histoire locale, expert en design, représentants des collectivités et experts de l'information voyageurs.
Cette approche pluridisciplinaire a permis de confronter les regards et de valider chaque proposition avant son déploiement sur le réseau.
Chaque visuel est analysé selon plusieurs critères : sa compréhension immédiate, sa capacité à être nommé simplement, sa différenciation avec les autres symboles, sa lisibilité pour les personnes malvoyantes ou encore sa cohérence avec la langue des signes française.
Cette exigence explique en grande partie la qualité et la pérennité du dispositif.
2017 : une première en France
« Mon métro d'image en image » est officiellement déployé en 2017 sur les deux lignes du métro toulousain.
Les visuels apparaissent progressivement sur les quais, dans les stations, aux entrées du métro et sur les supports d'information.
Le dispositif permet désormais à un voyageur d'identifier sa station de départ, de suivre son trajet et de reconnaître sa station d'arrivée grâce à une succession de repères visuels.
« Nous avons tous un droit identique à la mobilité. Les solutions les plus performantes ne sont pas nécessairement les plus complexes. Mon métro d'image en image démontre qu'une innovation pensée pour les publics les plus fragiles peut profiter à tous. »
Jean-Michel Lattes, président de Tisséo Collectivités lors du lancement du dispositif
Quand l'accessibilité profite à tous
L'un des enseignements majeurs de cette expérience est qu'une solution pensée pour des publics spécifiques bénéficie souvent à l'ensemble de la population.
Les enfants repèrent plus facilement leur station. Les touristes disposent d'un moyen supplémentaire pour s'orienter. Les voyageurs occasionnels mémorisent plus aisément leur trajet. Les personnes âgées trouvent de nouveaux points de repère.
Au fil des années, ces symboles sont devenus de véritables marqueurs identitaires du réseau toulousain.
Ils contribuent également à faire connaître l'histoire locale. Derrière chaque image se cache un récit : l'école du cirque des Argoulets, l'histoire des Arènes du Soleil d'Or ou encore les références patrimoniales de nombreux quartiers toulousains.
Une nouvelle étape avec Téléo
L'aventure ne s'est pas arrêtée aux lignes A et B. Avec la mise en service de Téléo en mai 2022, Tisséo a choisi de prolonger la démarche « Mon métro d'image en image » au-delà du métro pour l'étendre à un nouveau mode de transport.
Les trois stations du téléphérique urbain ont ainsi été dotées de pictogrammes cognitifs spécialement conçus par Jessica Paradis, déjà autrice des visuels des lignes A et B.
Comme pour le métro, chaque image s'appuie sur une référence forte à l'identité du lieu desservi. À la station Hôpital Rangueil – Louis Lareng, une ambulance évoque le créateur du SAMU et son célèbre symbole de l'étoile de vie. À Oncopole – Lise Enjalbert, une molécule rend hommage à la chercheuse en virologie dont la station porte le nom et symbolise la recherche et l'espoir de guérison. Enfin, à Université Paul Sabatier, un microscope rappelle la vocation scientifique du campus et des établissements d'enseignement supérieur qui l'entourent. Ces choix ont été élaborés en concertation avec les associations membres de la Commission d'Accessibilité du Réseau Urbain de Transport (CARUT), afin de garantir leur pertinence et leur compréhension par tous les publics.
La Ligne C, futur chapitre de l'histoire
Avec ses 27 kilomètres et ses 21 stations, la future ligne de métro constitue l'un des plus grands projets de transport en cours en France. Mais au-delà de ses performances techniques, elle représente également une opportunité de poursuivre le déploiement de « Mon métro d’image en image ».
Dès les premières phases de conception, les associations réunies au sein de la CARUT ont été associées aux réflexions. En octobre 2025, le Comité Syndical de Tisséo a validé le lancement de la conception graphique et artistique des 20 futurs pictogrammes cognitifs de reconnaissance des stations de la Ligne C et de la Connexion Ligne B. Ces nouveaux visuels seront, à nouveau, créés par Jessica Paradis, la même graphiste que sur les lignes de métro et de Téléo.
Près de dix ans après son lancement, « Mon métro d'image en image » continue ainsi d'évoluer et démontre que l'accessibilité cognitive est désormais pleinement intégrée à la conception des grands projets de transport du territoire toulousain.
Un modèle encore rare en France et dans le monde
Si l'usage des pictogrammes dans les transports est aujourd'hui largement répandu, l'attribution d'un symbole spécifique à chaque station demeure exceptionnelle.
L'exemple le plus connu reste celui du métro de Mexico, inauguré en 1968. À une époque où une part importante de la population maîtrisait difficilement la lecture, chaque station fut associée à un symbole facilement identifiable.

En France, aucun autre réseau de métro n'a développé à ce jour un dispositif d'une telle ampleur couvrant l'ensemble de ses stations et intégré aussi profondément à sa politique d'accessibilité.
Dix ans d'une innovation toujours d'actualité
À l'heure où les politiques publiques cherchent à construire des services toujours plus inclusifs, « Mon métro d'image en image » apparaît comme un exemple particulièrement inspirant.
Son succès repose sur une idée simple : partir des besoins des personnes en situation de handicap pour améliorer le service rendu à tous.
Dix ans après son lancement, le dispositif continue d'incarner une vision exigeante de l'accessibilité, fondée sur l'autonomie, la dignité et l'égalité d'accès à la mobilité.
À travers ces images qui jalonnent le réseau, c'est finalement une conviction qui s'exprime : celle que chacun doit pouvoir se déplacer librement, comprendre son environnement et trouver sa place dans la ville.
Mon métro d'image en image en chiffres
- 2010 : lancement des premières réflexions
- 2014 : partenariat avec le lycée des Arènes
- 2017 : déploiement sur les lignes A et B
- 38 stations de métro dotées d'un visuel
- Plus de 20 partenaires mobilisés : 2 instances dédiées : comité technique et comité scientifique
- 3 stations Téléo intégrées au dispositif
- 18 futures stations concernées sur la Ligne C (les pictos des stations de Matabiau Gare et François Verdier ne changeront pas)
- 2 futures stations sur la Connexion Ligne B
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